Darcy Waite interprète Kevin Cardinal, aussi appelé DJ Burnt Bannock, un DJ cri qui réalise que, pour pouvoir espérer réaliser ses rêves de succès, il devra poser un geste drastique et ainsi prouver au monde – et à lui-même – qu’il a le talent nécessaire. Malheureusement, il s’y prendra d’une très mauvaise façon. Produite par Eagle Vision, la série fait partie du programme Séries numériques de format court (fiction) et sera diffusée sur APTN Lumi.

Darcy est à la fois créateur, scénariste et vedette de DJ Burnt Bannock. Sa chef scénariste (et réalisatrice de la série) est Rebecca Gibson, partenaire et chef du développement chez Eagle Vision.

Pourquoi la comédie est-elle un genre qui se prête bien aux enjeux difficiles?

DARCY: Lorsque je me suis mis à développer DJ Burnt Bannock, je tenais à raconter ce que j’avais moi-même vécu durant la mi-vingtaine. Mon récit à moi, c’est d’être une personne autochtone ayant grandi dans la ville, et qui a dû s’adapter à une culture sans avoir de lien avec sa communauté. On peut raconter une histoire de mille et une façons, et chaque artiste aura son propre style. Je suis comédien, donc j’aime raconter des histoires avec humour. Comme le disent les aînés, le rire est une thérapie.

D’où vous est venue l’idée pour DJ Burnt Bannock?

DARCY: Je produisais mon premier long métrage avec mon amie Madison Thomas. Dans le film, il y avait une scène se déroulant dans un bar, et nous avions besoin de gens pour interpréter des DJ à l’arrière-plan. Finalement, mon coloc et moi avons décidé de le faire nous-mêmes, et nous nous sommes follement amusés. Puis, il y a eu l’appel à projets pour les webséries de ImagineNATIVE, et je me suis demandé à quoi pourrait ressembler une série mettant en vedette ces deux personnages.

REBECCA (chef scénariste et réalisatrice): Lorsque Darcy nous a proposé DJBB, nous avons d’emblée compris qu’il nous fallait être impliqués dans ce projet. La série aborde des sujets sérieux et difficiles, mais avec une approche humoristique. Nous avions tous besoin de dédramatiser de la sorte. Nous sommes heureux et excités d’avoir la chance de produire cette série.

KindaTV fut lancé sur YouTube en 2014, sous le nom de VervegirlTV. En 2016, la chaîne fut rebaptisée KindaTV, lançant du même coup la série Web à succès Carmilla. Aujourd’hui, la chaîne compte 266 000 abonnés et s’impose en tant que plateforme offrant des contenus à caractère féminins, LGBTQ+, divertissants et de grande qualité.

Shaftesbury a voulu faire de KindaTV un incubateur favorisant la découverte et le développement de nouveaux créateurs de contenu, et ce, tant devant que derrière la caméra. Des gens comme Gwenlyn Cumyn, Karen Knox de Slo Pitch,Katie Bird Nolan et Lindsay Tapscott chez Babe Nation et plusieurs autres, le tout grâce à divers programmes du Fonds Bell.

Christina Jennings est PDG de Shaftesbury Inc., soit la société à l’origine de KindaTV.

Qu’est-ce qui distingue KindaTV des autres télédiffuseurs et plateformes de diffusion en continu?

Nous considérons KindaTV comme une chaîne indépendante qui dessert un auditoire sous-représenté, des gens qui n’ont pas l’habitude de se reconnaître sur les chaînes des télédiffuseurs traditionnels et les plateformes de diffusion en continu. Or, un peu comme ces derniers, nous coproduisons et finançons certaines des émissions diffusées sur la chaîne. L’aspect instantané qui caractérise YouTube nous permet également d’obtenir des informations sur notre auditoire, sous forme de commentaires et de données analytiques. Ainsi, cela nous aide à adapter nos contenus aux attentes de la communauté, et à maintenir un dialogue continu avec celle-ci. Nous avons l’opportunité d’offrir du contenu qui s’adresse à des auditoires précis.

Que pouvez-vous nous dire sur Barbelle, Slo Pitch, Ghost BFF et Gay Mean Girls?

BBarbelle fut notre premier projet développé avec les créateurs de Boss & Co. Leur vision créative correspond aux valeurs inhérentes à KindaTV. Aussi, nous adorons leur sens de l’humour et leur authenticité. Plus tard, nous avons collaboré avec eux sur Slo Pitch, à notre avis la meilleure série Web de 2020. Ghost BFF est un important projet pour KindaTV. Nous avons travaillé avec des cinéastes de talent chez Babe Nation. Nous sommes fiers des discussions que l’émission a générées sur d’importants enjeux liés à la santé mentale. Les amateurs l’ont beaucoup appréciée. Gay Mean Girls est une série amusante qui met en relief les réalités et difficultés de la vie dans une école secondaire. Elle est particulièrement appréciée de l’auditoire de KindaTV, et nous sommes impatients de lui offrir la seconde saison de la série, actuellement en cours de développement.

La base : Lex et Wasiu n’est pas une websérie “d’opinion” comme on en trouve déjà abondamment sur le web. Leur expérience du Québec moderne est à l’image de la majorité des jeunes qui ont grandi dans un milieu urbain, pluriculturel et multilingue : ils sont complètement et authentiquement québécois, mais ils assument leur décalage par rapport à la culture québécoise «grand public».  

La série, qui reprend maintenant pour une deuxième saison, est produite par Impact Television. Dans le cadre du Programme de Série numérique de format court, la série est diffusée sur ICI Tou.tv

Lex et Wasiu qui animent l'émission ensemble sont des meilleurs amis dans la réalité. Comment cette dynamique contribue-t-elle à l’écriture de l'émission, son approche et à sa présentation?

Ils sont amis depuis très longtemps et leur complicité transparaît beaucoup à l'écran. Au-delà de leur méthode de travail, c'est vraiment lorsqu'ils animent ensemble qu'ils sont vraiment le plus capable de démontrer naturellement leur complicité. Parfois, ça permet d'avoir de belles surprises!

Comment décidez-vous des personnes qui participent à l'émission et des sujets et questions qui y sont abordés?

D'abord les thèmes des épisodes sont choisis selon des expériences personnelles, des points de vues ou des référents de Lex et Wasiu. Ensuite, nous trouvons le meilleur invité avec qui nous pensons que la thématique pourrait être élaborée d'une façon originale et surprenante.

Pourquoi pensez-vous qu'une émission comme la vôtre est si pertinente et nécessaire en 2021?

Pour plusieurs raisons! Mais d'abord, parce qu'elle divertit d'une toute autre manière. Les sujets des épisodes, les clash entre les invités et les questions, les stand-up; chaque section de l'émission est divertissante, mais éducative en même temps. Ensuite, parce qu'il est primordial de donner voix à d'autres cultures que celle que domine nos écrans. Et il ne faut pas simplement ''leur faire une place'', il faut leur donner toute la place, c'est-à-dire d'être à la tête d'une émission et non un simple invité, de décider des sujets, etc.

La Dump est une série créée et réalisée par Maude Morissette qui raconte l’histoire d’une famille de marionnettes laides : Belle et Barbe (fils illégitime de Donald Trump) et leurs enfants multi-ethniques adoptés, Cuillère et Spatule. Ces mal-aimés uniques vivent avec plein d'amis colorés dans un curieux village souterrain nommé La Dump.
Première au Canada : la série bilingue, diffusée sur Youtube et Facebook, est conçue au complet avec des effets spéciaux et sur fond vert. La série a été financée par le Programme de Série numérique de format. 
Maude écrit, est chargée de la direction artistique, joue, réalise et produit la série et est maintenant en pré-production pour la troisième saison de La Dump.

Qu'est-ce que cela fait de diriger un projet en tant que créatrice émergente dans le rôle de réalisatrice/productrice?

Ah quelle belle question ! J’aime le mot « créatrice » et « projet émergent ». Pour dire vrai, je ne ressens que de la fierté de travailler et de représenter ce projet. Quand je pense à la série, à la suite, j’ai encore des papillons dans le ventre. Chaque fois que quelqu’un remarque l’immense travaille derrière le projet et les talents incontournables qui participent à la production, ça me touche droit au cœur. Ce projet-là c’est le centre de ma vie depuis 6 ans. Je me lève tous les matins en pensant à mon équipe et comment je peux amener ce projet-là où il doit être amené. Tout le monde dit que la série c’est mon « bébé ». Mais non, ça fait déjà très longtemps que c’est plus grand que moi. Mon rôle sur la production, c’est plus que d’être la créatrice, c’est d’être la bonne capitaine et m’assurer que le bateau arrive à bon port. C’est mon travail maintenant, amener le projet où il se doit. Je le fais pour lui, plus pour moi. Je veux voir la série partout dans le monde, elle le mérite.

Quels sont les avantages que votre émission soit disponible sur Facebook et YouTube ? Est-ce que ça apporte une plus grande liberté de création ? Pouvez-vous aborder des sujets plus sensibles ? Est-ce que ça vous permet d’atteindre un nouveau public plus large que vous ne n’auriez pu atteindre autrement ?

Oui, oui oui et oui ! C’est exactement tout ça. La liberté créative et la chance de pouvoir parler sans qu’on te dise que tu n’as le droit. C’est rare de nos jours et ça n’a pas de prix. C’est aussi super de pouvoir toucher un plus grand public et de ne pas avoir de barrières en général. Je suis heureuse d’utiliser les sous qu’on me donne à travers les Fonds pour offrir quelque chose d’accessible et gratuit pour tout le monde. J’ai l’impression qu’avec la série, je peux redonner aux gens et engager la conversation. Le web, les médias sociaux c’est pas toujours beaux. Par contre, on a aussi l’opportunité et la chance de pouvoir utiliser ce médium publique pour éduquer, faire réfléchir et espérer changer les choses petit à petit.

SHINE TRUE est une série documentaire en huit parties, qui célèbre la communauté transgenre et non conforme au genre en aidant ces gens à surmonter leurs problèmes de dysphorie et d’anxiété et en les amenant progressivement à se sentir bien dans leur peau et à l’aise avec leurs sentiments.

Produite par VICE Media Group et Michelle Mama (qui agit également à titre de réalisatrice), la série sera diffusée sur OutTV. Elle fait partie du Programme télé du Fonds Bell.

En quoi Shine True se démarque-t-elle des émissions de métamorphose du genre?

Vanessa Case (vice-présidente principale, studio canadien, VICE Media Group): Notre objectif (pour Shine True) était de concevoir une série documentaire à la fois unique et nécessaire, axée sur les personnes transgenres et non genrées. S’il est effectivement question d’une transformation dans chaque épisode, cet élément ne vient qu’ajouter une touche légère au parcours des huit participants et au récit très personnel de cette transformation.
MICHELLE: Ce qui démarque Shine True des autres émissions du genre est le type de personne au cœur des épisodes et les défis uniques auxquels ces gens sont confrontés. La communauté transgenre et non conforme au genre ne se soucie pas uniquement de retouches et d’améliorations esthétiques. En fait, ces gens ont amorcé un processus de métamorphose complète, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Ainsi, en misant sur l’approche documentaire, nous avons cherché à comprendre les besoins uniques de chacun de nos participants, tout en leur offrant des orientations et des expériences afin de les guider doucement dans leurs efforts pour devenir une version plus authentique d’eux-mêmes.

La série met en vedette des membres des communautés trans, queer et non conforme au genre qui ont déjà vécu ce type de situation. Pourquoi est-il si important de montrer des modèles comme ces gens aux jeunes qui en sont encore à découvrir leur identité?

MICHELLE: La communauté queer est unique, en ce sens qu’il devient souvent nécessaire de se tourner vers une aide et un soutien ailleurs que dans notre cercle familial. Souvent, la famille ne comprend pas et n’est donc pas en mesure d’aider une jeune personne à se définir dans un univers de non-conformité des genres. Ainsi, il devient essentiel (et souvent vital) de pouvoir se tourner vers des personnes queer plus âgées, des gens qui peuvent comprendre ce que vous vivez sans vous juger, et qui peuvent vous guider tout au long de cette transition et ces moments difficiles dans votre vie.
Pour nous, il était important de présenter nos participants à des gens qui comprendraient le plus possible leur identité, plus encore que nos animateurs. Par exemple, nous avons invité Hunter Shackleford, un militant noir obèse, à rencontrer Prism, car aucun de nos animateurs ne partageait une telle identité. Nous avons également présenté Azul à Vincente Ugartechea, un artiste en arts visuels mexicain non binaire, étant donné que nos animateurs ne sont ni des artistes en arts visuels ni des Latinx. C’est justement ce genre de mentor dont les jeunes queer ont grandement besoin pour les aider à comprendre qui ils sont et à réaliser qu’ils ne sont pas seuls.

Zarqa raconte l’histoire d’une musulmane amère et égoïste, qui ne peut supporter l’idée que son ex-mari se remarie à une jeune et mince professeure de yoga blanche. Agissant impulsivement et avec mesquinerie, elle décide alors de lui faire concurrence en annonçant sur Facebook qu’elle assistera au mariage accompagnée d’un neurochirurgien blanc du nom de Brian. Produite par Zarqa Productions et Fundamentalist Films, la série fait partie du programme Séries numériques de format court (fiction) et sera diffusée sur CBC Gem.

Zarqa Nawaz (Little Mosque on the Prairie), créatrice de la série, scénarisera et produira celle-ci en compagnie de Claire Ross Dunn et Sadiya Durrani.

Jamais auparavant n’avions-nous eu droit à la télévision à une comédie proposant le point de vue d’une musulmane. Pourquoi jugez-vous important que ce genre de récit soit raconté?

Je crois que c’est très important d’un point de vue représentationnel. Les gens doivent comprendre que les musulmanes réagissent à diverses situations, ô surprise, comme toute autre femme. Or, comme les musulmanes ont été racisées, les gens pensent qu’elles sont passives et souvent victimes d’abus, et qu’elles n’ont aucun mot à dire sur leur vie.
À l’époque de Little Mosque on the Prairie, j’ai appris que plus on est spécifique, plus les enjeux ou le récit deviennent universels. Or, il n’y a rien de plus universel qu’une femme en proie à une crise de jalousie lorsque son ex-mari se remarie avec une femme plus jeune.

Pourquoi était-il important pour vous que la production de Zarqa se déroule en Saskatchewan? Pourquoi est-ce important d’offrir à ces communautés des opportunités de production?

J’ai vécu en Saskatchewan. À l’époque, les séries Corner Gas et Little Mosque on the Prairie étaient produites dans cette province. Or, je crois que toutes deux ont contribué à redynamiser l’industrie télévisuelle au Canada, et à la création d’autres séries qui ont connu du succès. Les gens ont réalisé qu’il était possible pour la télé canadienne de générer de bonnes cotes d’écoute, ce qui n’était jamais arrivé auparavant. Ainsi, je crois que ces deux séries méritent d’être saluées pour avoir donné un nouveau souffle à une industrie qui stagnait. Il importe de diversifier notre économie en Saskatchewan. On ne peut se fier qu’au pétrole et au gaz. On doit également pouvoir compter sur l’art. J’appuie la philosophie qui dit que si on entreprend quelque chose, il y aura un effet d’entraînement. Le gouvernement doit revoir ses politiques, ou du moins chercher à identifier d’autres façons de stimuler le secteur de la production.